Entretien avec Nathalie Galloro, conteuse

Nathalie Galloro1. Quels livres ont marqué ton enfance ?
Croc-Blanc. C’est le principal. J’ai toujours rêvé d’être un loup.

2. Aimais-tu déjà les contes ?
Oui. Quand j’étais petite, ma mère nous ramenait du marché des 45 tours. J’écoutais le conte du disque et je lisais le petit livret à côté. Barbe bleue, Le vilain petit canard, Les fées sont les trois qui m’ont marquée, ainsi que Le lac des cygnes de Tchaïkovski qui m’a été offert à mon adolescence.

3. Comment étais-tu, enfant ?
Sauvage. J’ai grandi dans une ferme complètement paumée. J’allais à l’école à pied en coupant à travers champs. Je voulais faire comme les gosses du village, alors je prenais les ficelles des bottes de foin pour ajouter des lanières à mon sac d’école.


4. Comment s’est passée ta scolarité ?
Mal. Elle a commencé très mal. Contrariée dès le CP. A genoux devant le tableau, humiliée parce que j’étais gauchère. J’étais très fâchée avec l’école, tout de suite et jusqu’au bout.

5. Quelle formation as-tu suivie ?
Baccalauréat et licence d’Histoire.
En terminale, j’ai commencé à faire du théâtre, c’était la grande révélation. J’ai jamais lâché le théâtre, même en amateur, jusqu’à ce qu’une compagnie professionnelle me demande de travailler avec elle. La Compagnie Arcanes, issue du Studiolo à l’époque. Je faisais des petits boulots pour faire bouillir la marmite, parce que j’ai eu des enfants assez tôt. J’ai donc sauté sur l’occasion et je suis passée du côté des comédiens, sans regret aucun.
Après, je me suis émancipée, j’ai quitté la Compagnie Arcanes. J’ai fait LA rencontre que je devais faire, avec Laurent Varin – c’est le metteur en scène, comédien et conteur avec qui je travaille. On a monté Une femme seule, spectacle dont je ne me suis jamais relevée, tant c’était intense. On y a mis tellement de choses fortes, tous les deux, qu’on n’arrivait pas à faire autre chose après.

Nathalie Galloro - Une femme seule

Ensuite, j’ai eu le bonheur de faire une formation à Paris, Connaissance de soi par les contes. Pendant un an, un week end par mois, j’allais à Paris. J’ai rencontré un type formidable, Jean-Pascal Debailleul. Il a mis au point une méthode sur les contes de Grimm. Ҫa a permis d’éveiller ce qui m’habitait depuis tout le temps. Les contes.

6. Comment est née ta vocation de conteuse ?
Comme ça, je crois. Elle est née aussi avec mes enfants auxquels j’ai toujours aimé raconter des histoires le soir avant de se coucher. Et puis, petite, quand j’écoutais Barbe bleue… Je pressentais que les contes avaient une puissance extraordinaire, mais je n’arrivais pas à la mettre en mots, en forme, avant de suivre la formation de Jean-Pascal Debailleul. J’ai appris à parler conte. Comment c’est né, c’est un peu diffus, mais cette formation a cristallisé un ensemble de facteurs.

7. Quelles sont tes influences ?
Quand j’étais petite, à la ferme dont je parlais, c’était assez atypique. Un grand chapiteau attirait énormément de touristes. Parmi eux, des Colombiens sont venus. Et parmi eux, un grand-père racontait tous les soirs aux enfants de la ferme Le grand Condor. Il s’arrêtait au moment le plus intense : « C’est fini. Demain la suite ». Cet homme là, ce conteur, a éveillé chez moi une envie de raconter, une joie d’entendre des contes.

8. Où puises-tu ton inspiration ?
Là, j’en suis à un point où je ne suis pas bien sûre de savoir ce que j’ai à dire. Là, aujourd’hui, quand tu me poses la question, j’en suis à l’enfance de mon métier. Tout ne fait que commencer, même si ça fait dix ans que je conte. C’est un métier long, lent, et je l’accepte.

Nathalie Galloro et Laurent Varin - Tsila et Yankele9. Quel est ton répertoire ?
J’affectionne particulièrement le répertoire de Chelm, sur les simples d’esprit, les nigauds, les petites gens. En cherchant des livres à la médiathèque du Pontiffroy, je suis tombée sur Tsila et autres contes déraisonnables de Chelm, de la grande conteuse Muriel Bloch. Je suis tombée sous le charme de ce monde de l’absurde, de folie et de poésie.
Je fais ma cueillette de contes aux coups de cœur.
J’ai eu la chance d’avoir comme cadeau de Noël Les Mille et Une Nuits dans la Pléïade ; c’est peut-être ma prochaine investigation sur trente ans.
Actuellement, j’entame un cycle sur les loups, instinctivement.

10. Comment prépares-tu une séance de contes ?
D’abord, je tombe sur un conte qui me touche. Je me demande en quoi il concerne les enfants, les ados ou les adultes. Le premier conducteur, c’est l’universalité, sachant que ce n’est qu’un point de vue.
Après j’étudie le squelette du conte, comment ça commence, l’élément perturbateur…
Ensuite, soit j’apprends le conte par cœur (c’est souvent la méthode que j’utilise avec Laurent Varin), soit je suis juste la structure pour me laisser une marge d’improvisation et ajouter ma touche personnelle, dire ce à quoi je crois, en plus ou différemment du conte.

11. Comment noues-tu le contact avec les enfants ?
Pas de truc. Au bout de dix ans de pratique, ce qui traverse, c’est une certaine authenticité. Ҫa ne veut pas dire que je suis authentique, mais c’est une quête. Être sincère avec les enfants.
Prendre contact avec le jeu, se balader dans l’espace, le sentir, accueillir les enfants avec un bonjour, simple, et prendre un petit temps pour que le silence s’installe. Après, c’est la force de l’histoire et tout un monde qui arrivent.

12. Comment gères-tu la dualité conteuse / personnage ?
Je suis très servie par ma formation de comédienne, et très desservie également. Le comédien est en représentation, il occupe l’espace, alors que le conteur fait un travail beaucoup plus intime, plus sobre. Je ne fais pas de choix radical, j’oscille parfois entre l’un et l’autre. En tant que comédienne j’adore faire des voix, alors qu’en tant que conteuse, ce n’est pas la peine de faire la voix d’une vieille ou d’un canard. La comédienne qui sommeille a envie de jouer. Ce n’est pas toujours très intéressant que je sois trop devant l’histoire. Pourquoi ne pas disparaître en contant dans le noir, mais on est là, il faut l’assumer et être heureux d’être là. Je me marre. Mais je veille à ne pas être trop là.

13. Tu désapprends tes techniques théâtrales ?
Je bénis les formations qui m’apprennent à désapprendre d’un conteur à l’autre. Gérard Potier dit : « Disparaissez derrière l’histoire ». Catherine Zarcate dit : « Surtout pas, ne disparaissez pas. C’est notre voix, c’est notre regard, c’est notre corps qui portent l’histoire ». Il faut être dans un juste équilibre. Le plus important, c’est d’être au plus près de soi-même.

Nathalie Galloro14. Qu’est-ce qui te passionne le plus dans ton métier ?
La diversité. Les rencontres. Quand le conte incite les gens à venir me raconter leur histoire, quand la parole circule. Récemment, juste après avoir raconté des contes juifs-polonais, un vieux monsieur m’a parlé de sa famille, de sa mère ukrainienne, de son père polonais, comment il est arrivé en France… Et ça, à chaque fois, c’est cadeau.
J’aime bien aussi conter dans les prisons ou dans le salon des particuliers. Des gens m’appellent : « Est-ce que vous pouvez venir conter tel soir pour l’anniversaire d’untel ? ». Quelle chance j’ai ! Et après, parce que l’histoire a circulé, les gens se mettent à parler. On rentre dans une intensité qu’on n’aurait pas forcément lors d’une soirée autour d’une table.

15. Rencontres-tu des difficultés à exercer ton métier ?
Oui, bien sûr.  Le souci de ne pas être trop devant le conte. Savoir quelles sont les vraies histoires que j’ai à raconter. Je marche aux coups de cœur, mais j’ai l’impression que quelque chose de plus profond doit émerger. Après une séance, certaines histoires s’évanouissent, il ne m’en reste plus rien. J’essaie de trouver les histoires qui seront là pour toute la vie. Celles que je ne retravaille pas, celles qui sont en moi, sont rares. J’aimerais n’avoir que cinq histoires à mon répertoire. J’y crois très fort. Trouver le juste répertoire qui correspond à mon âme, peut-être. Cela peut prendre du temps, et j’emprunte des chemins de traverse.

16. Qu’est-ce que ton expérience t’a appris dans ton art ?
Que rien n’est grave.

17. As-tu une anecdote croustillante ?
La dernière. Laurent Varin venait chez moi pour une répétition. Mon mari avait fermé la porte à clef en bas. J’habite au troisième étage. J’ai prévenu Laurent que j’allais lui envoyer les clefs par la fenêtre. J’ai emballé les clefs dans un gant. J’ai lancé le gant. Laurent me faisait un grand sourire. Je lui faisais un grand sourire. J’ai vu le gant partir au ralenti, et il n’est jamais arrivé en bas. Il est resté sur une fenêtre de l’étage en dessous. Mais je n’ai pas de voisin, c’est très embêtant. Comme je n’avais pas vu le gant coincé, je continuais à sourire et je voyais Laurent qui faisait une tête pleine de déception.

Nathalie Galloro18. A part ça, tu fais quoi ?
Je travaille aussi beaucoup le conte comme connaissance de soi, en transmettant ce que j’ai appris à la formation de Jean-Pascal Debailleul de La voix des contes. Je propose cet outil thérapeutique à des particuliers qui voudraient voir la vie autrement. Comment apprendre à voir du merveilleux dans sa vie. Quel est le travail à faire pour attirer la grâce auprès de soi et des autres.
A part ça, j’aime mon mari et j’élève mes enfants que j’aime aussi. Ҫa me prend beaucoup de temps. Je me demande parfois si je serais une autre conteuse si je n’avais pas de vie de famille. J’essaie de ne pas trop dissocier mon métier de ma vie de tous les jours, de faire de ma vie un conte, sans faire d’angélisme. Je donne beaucoup de temps à l’amour et l’amitié, parce que ça me paraît essentiel, je ne vois pas ce qu’on a d’autre à vivre.

19. Quel autre métier aurais-tu voulu faire ?
J’aurais adoré chanter, danser.

20. Quels sont tes auteurs ou tes livres préférés ?
Les contes, les romans policiers, les personnages de Fred Vargas, le commissaire Adamsberg et son adjoint le commandant Danglard…
En ce moment, je lis Mendiants et orgueilleux d’Albert Cossery.

21. Quel est ton super pouvoir ?
La tendresse, ou le besoin de tendresse.

22. Remplace ta tête par autre chose.
Un lac.

23. Tu connais une bonne adresse ?
Chez moi.

24. Qu’est-ce que tu fais ce soir ?
Je te donne rendez-vous à 20h à Pont-à-Mousson. J’y joue un spectacle et j’aimerais vraiment que tu y sois. Tu te débrouilles, mais il faut que tu y sois, tout est possible dans le monde des contes.

Pour contacter Nathalie Galloro :
Voir avec Sheila Primard
Le Tourbillon, Compagnie de Théâtre
(création – mise en scène – conte – intervention en entreprise)
06 80 52 10 97
tourbillonetcie@aol.com

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4 Commentaires pour “Entretien avec Nathalie Galloro, conteuse”

  1. Gigadom dit :

    ouè ouèouèouèouè !

  2. Léo dit :

    Ouah super interview, questions intéressantes et réponses fantastiques!

  3. céline dit :

    bonjour,
    je voudrais devenir conteuse,aussi loin que je me souvienne,il y a des histoires,elles m’ont aidé à grandir à tenir debout à rêver à garder en moi l’enfant,je reconte beaucoup d’histoires à mes enfants,j’en écris,un peu,je ne sais pas ce qui vaut la peine d’être fait à par conter…chanter peut-être.Y a t il des formations de conteur-teuse?

  4. galloro dit :

    Bonjour Céline
    Je t’envoie mon adresse mail où tu peux m’écrire si tu veux des précisions sur les différentes formations proposées par les conteurs et conteuses. Pour t’orienter le mieux, il serait bien de savoir ce que tu recherches. A bientôt donc et bonne journée. Nathalie Galloro

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