Fabricant d'histoires en boulettes de papier

Aurora 3

Date : 5 avril 2000

L’orbite des Titans éjecte son œil noir.

Soudain le monde entier ne peut plus rien y voir

Et redoute une nuit pour toujours aveuglante.

L’ivoire fossile des épaisses ténèbres

A perdu son éclat qui annonçait le jour.

La fille qui courait devant notre soleil

Aurait-elle été enlevée ?

Aurora tourne en rond depuis les premiers temps.

 

Aurora surgit de l’entaille de la nuit.

Mais sa flamme vacille et aussitôt s’éteint,

Puis se rallume sous ma couette

Au lieu de rejoindre les grands cercles célestes.

 

L’incendie embrassé dans un profond vertige

Explose et se pâme sous nos palpitations.

Nos vapeurs aux pourpres pâleurs

Font bouillir la rosée au cœur des sexes des fleurs.

 

Aurora lèvera encore ses bras roses

Pour étirer son corps le long des horizons

Et m’enlacer au fond d’un lit.

Nos rendez-vous sont pris pour des matins ravis.


Aurora 2

Date : 5 avril 2000

La nuit éblouissante aux yeux de l’insomnie

Se tourne et se retourne aux soupirs de mon lit.

Ton prénom frappe au cœur de ma chambre empourprée.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Ton prénom lance un chant de lumière endormie.

Ton prénom pour trouver le sommeil de la nuit.

 

Aurore nocturne dans ma bouche envahie,

Dans mon urne d’émail d’ivoire et chair et sang.

Ton prénom aux lueurs de fluor sur mes dents,

Comme un jus de bonbon au voyage inouï,

Tourbillonne et coule en mon palais rougeoyant,

Gouffre de pourriture, atroce grincement.

 

Ton prénom embrasse d’étranges profondeurs,

Passe comme un rêve sous ma langue, saveur

De sanglot de bonheur qui glisse en des filets

De bergamote mauve et violette orangée,

D’anis et de citron comme sœurs de sueur.

Ton prénom transpire d’une sombre rosée.

 

Au matin embrasé, la gigantesque plaie,

Qui étend au plafond ses lèvres parfumées,

Lance ses rayons sur ton absence troublée.

Mais lorsqu’elle s’éteint dans l’azur bariolé,

Tu disparais. Et jamais je ne sais si j’ai,

Dans mon sommeil secret, ton prénom prononcé.


Aurora 1

Date : 5 avril 2000

L’albâtre de ta voix éclaté en faisceaux,

Dans la blancheur spectrale irradiant de tes os,

Laisse sous ma paupière un éclair éphémère,

Un éclat de pierre qui ne sait qu’il éclaire.

 

Flash polaire en mon cœur, tu allumes ma nuit

Aux fluorescentes peurs affolant minuit.

Flash polaire en ma vie, dis moi quand même

Que tu ne partiras plus, que tu…

 

Malgré ma larme rougie à ce rêve,

Malgré tout mon cri, le soleil se lève.

Le soleil s’est levé sur ciel d’ébène.

 

Je laisse à l’Univers le temps de faire un tour.

Cette lueur d’espoir, je l’attendrai encore.

 

Le soleil dans les yeux après l’aurore,

C’est l’horreur de la lumière du jour

Et ce sont les ténèbres qui reviennent.


De l’Est

Date : 5 février 2000

La Moselle est profonde et coule

Et fait briller la ville au fond de tes pupilles,

Met chaque jour un peu de vase en tes yeux verts

Comme de jeunes mirabelles

Pour la liqueur. Je ne sais pas comment,

Mais la Moselle un jour cessera de couler.

 

Je le sais, je le lis dans tes yeux.

Tu ne mérites pas la douleur de la terre,

De houille de fer de feu de rouille d’enfer.

Tu oublieras l’acier des pluies,

Les cailloux qui ont fait sauter tes dents

De lait. Tu oublieras les poings serrés, les rats.

 

Que notre malheur reste ici.

Nous partirons où tu ne pourras plus pleurer.

Nous irons nous coucher du côté des étoiles

Et nous lèverons plus à l’Est,

Dans la soie au rose d’une autre nuit

Où glissent les bombyx sous nos yeux envolés.

 

Comment quitter nos pieds sous terre ?

Combien de temps encor nous faudra-t-il porter

Ce paysage en nous comme malédiction ?

Ce paysage au ciel de puits

Qui creuse en notre âme une mine noire

Qui a le même espoir de traverser le monde.


Evanescences

Date : 5 janvier 2000

Opalescence d’infortune,

Tu es la plainte de la lune

Dans l’intimité de la nuit

Où tes pâleurs perdent leur vie.

 

Ni tes fantômes agonis

Et ni ce ciel qui te maudit

Ne perdent le poids de l’enclume

En ta peau froide d’amertume.

 

Les larmes de tes yeux d’orties

Aux éperons de l’ancolie

Coulent en pierres torrentielles.

 

Triste lumière d’eau de sel,

Tu renonceras au soleil.

 

Je suis venu noircir tes jours.


Bijoux énamourés

Date : 5 janvier 2000

Bijoux énamourés au velours de ta peau,

Laves du Paradis sans flamme ni lumière

Qui brillent dans tes yeux irisés de faisceaux,

Ta peine a la parure aux étoiles de pierre,

Couronnes bracelets boucles bagues anneaux,

Soleils fins que préfère à tout ton lamento.

 

Au-dessus des globes, par-delà l’univers

Bleu saphir, se trouvent les sphères de tes maux.

Du zénith au nadir, tu files les éclairs.

Pluies d’améthystes qu’engloutissent les flots,

Les sanglots dans ta chair, comme l’eau dans la terre,

Laissent un mystère aux tremblements du tonnerre.

 

La fièvre du rubis aux lèvres de l’ulcère

Nous promet encore des diamants lacrymaux,

Ornements d’entrelacs nés des rives amères,

Précieuses misères, matière du chaos,

Perles des océans descendant des paupières,

Bijoux énamourés au velours de ta peau.


Paresse à onze heures

Date : 5 septembre 1999

Les monstres tout autour ont une odeur de chlore,

Ont la peau de la nuit ont des yeux de fluor.

Ils ne savent pas l’heure et sont là par hasard.

 

Ma chambre de sommeil soudain se décolore.

Ils s’accrochent aux draps, ils suçotent mes pores,

Mordent le matelas, prennent un air hagard.

 

Ils dégringolent tous du haut plafond noirci.

Et aux murs se cassent crocs et griffes épaisses,

En faisant plein de trous dans la tapisserie.

Les cauchemars de ma longue nuit disparaissent.

 

Ils s’envolent avec le petit cliquetis

Des ailes en métal et des pattes sans graisse

Et s’écrasent sans bruit sur le plafond noirci.

Les insectes de ma longue nuit disparaissent.

 

Dès que tu apparais, toi que la nuit ignore,

Clarté du réconfort, lumière sans retard.

Dès que tu apparais, toi qui n’a jamais tort.

 

Pour me dire, de ton regard de jade et d’or,

Que ce matin commence encore bien trop tard.

Et tu me laisses seul parmi les monstres morts.


Chambre d’outre-vie

Date : 5 février 1997

Ta larme inconsolée

Roule au creux de ton cou.

 

Il n’a jamais été trop tôt

Pour notre amour et ses tourments.

De baiser en sanglot,

Je t’aime tout le temps.

 

Tu es mon ombre désirée

Qui de mon cœur ne se découd.

 

Entre des murs pelant de peur,

Avec nos rêves haletants,

Nous allons décroissant

En doubles de malheur.

 

De nous le drap joué

Jamais ne se décloue.

 

Nous battrons le pouls de nos nuits

Sous le plafond du long ennui.

Quand nous aurons vécu

Que saurons-nous de plus ?


Au détour d’un départ

Date : 5 octobre 1996

Et nous nous endormons en refermant nos mains

Sur les rêves simples d’un plafond sans lumière.

Voluptueusement notre aveugle chimère

Nous suce les lèvres et caresse nos reins.

Et nous nous endormons en refermant nos mains.

 

Et si la déraison découpait nos paupières ?

Et si notre décor pourrissait incertain ?

Que notre œil brouillé rend le silence malsain.

Sous notre ciel tombal, les larmes sont amères.

Et la déraison nous découpe les paupières ?

 

La joue rouge au sel, le sexe décousu,

Et nous nous abîmons en regardant derrière.

Qui es-tu toi qui pars sous la nuit grimacière,

vers un monde perdu, familier inconnu,

La joue rouge au sel, le sexe décousu ?

 

Reviens et notre amour est un vœu démonté.

Pouvons-nous vivre ailleurs que sous l’azur bancal ?

Sous les battements lourds de pluie arsenicale,

La porte s’est tue et notre cœur a tremblé.

Reviens et notre amour est un vœu démonté.

 

Et que tombent nos dents sous le baiser nuptial.

Nous mordrons dans la lune un serment consolé.

Aux heures banales, bonheur rafistolé,

Nous marchons sur les pas de notre ombre idéale.

Et que tombent nos dents sous le baiser nuptial.


Dernier chemin

Date : 5 mai 1996

Laissé par ton mouchoir, laissé dans un sourire,

Je serre mes poings tremblants sur l’attente déhanchée.

Nos deux corps décousus et elle se déchire,

L’étoffe de nos soucis, comme au ciel le Colisée.

 

Tu t’en vas avec mon cœur, avec un nouveau langage,

Retrouver le bronze des mamelles romaines.

Au soleil de chianti, ma Clélie lointaine,

A l’ombre des colonnes, tu es mon seul paysage.

 

Me diras-tu les secrets cachés dessous les bedaines

d’anges baroques et de satyres lubriques

Et la fraîcheur par les arbres de mosaïque,

Lorsqu’enfin tu reviendras, belle voyageuse urbaine ?

 

A chaque enlacement des aubes empourprées,

La lumière te ramène à travers l’oblique plaine.

Jamais plus te perdre en amoureuse égarée

Pour recompter à Rome six centaines de fontaines.


Perception disloquée

Date : 5 juillet 1995

Tu es la corde de mon cœur,

La pulsation des guitares.

Tu es le rêve de tout arbre,

Le vert feuillage de mes nuits.

 

Tu es la Rome du silence,

Mon soleil tombé du forum.

Tu es l’ombre du Duomo,

L’autre ville entre chien et loup.

 

Tu es le feulement des toits,

La lune des hauts lampadaires.

Tu es la langue du chagrin,

La perle saignant sur les lèvres.

 

Tu es les seins de mon sommeil,

La chaleur des draps sur le corps.

Tu es mon livre de paupières,

Le regard des pages noircies.


Notre finitude

Date : 5 juillet 1995

Entre notre courage et notre désespoir,

Entre nos crimes et nos tristes servitudes,

A chaque pulsation de notre provisoire

Artère s’élabore notre finitude.

Atrides, c’est encor hier que nous mourrons.

 

Entre nos rires et nos plaintes invariables,

Notre jeune saison et l’hiver faiblissant,

– Pourtant l’infini est-il souvent périssable ? –

Nous portons notre mort en nous à chaque instant.

Atrides, c’est encor hier que nous mourrons.

 

Nous devinons, devant ce rythme décroissant,

Ce frémir de mourir qui hante, nous accable,

Que nos carcasses craquent à tout tremblement

De l’âme et de son corps, à nos larmes semblable.

Atrides, c’est encor hier que nous mourrons.

 

Nous partageons toujours ce malheur trop fécond,

Mortels ensemencés d’une sombre inquiétude.

Et nous portons au cœur, tous, le fatal suçon

De l’éternelle mort qui de nos sangs exsude.

Atrides, c’est encor hier que nous mourrons.

 

A Colone ou ailleurs, notre vie se dénude.

Nos nuits troublent nos jours et leurs croassements

Crèvent nos yeux noircis par notre solitude.

Notre ventre sonore est un cri permanent.

Atrides, c’est encor hier que nous mourrons.

 

Notre vie se déchausse à Colone ou ailleurs.

Nos plaies coulent des pleurs, nos rires sont tessons.

Il burine nos os, l’implacable malheur.

Mais malgré nos efforts, jamais ne pourrissons.

O frères, c’est encor hier que nous mourrons.


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