Fabricant d'histoires en boulettes de papier

Expédition

Date : 17 décembre 2012

À bord du véhicule

Portatif électrique,

Tu survoles et calcules

Les ruines domestiques.

 

Le nœud des galaxies

Te donne un air sévère.

Dans un mythe infini

Tu célèbres ta guerre.

 

Ta milice des cœurs

Accumule les torts.

Mais elle n’a pas d’heure

Pour enterrer ses morts.

 

Tu pourrais me quitter ?

Tu pourrais me quitter.

 

Ton doute est une fièvre

Dans le fracas des ondes,

Quand tu te mords la lèvre

En combattant le monde.

 

Armement à la pointe

De tes seins métalliques ;

A l’issue de tes craintes,

Le silence panique.

 

Tu tournes tes grimaces

Vers le fantôme en feu

Des furies des angoisses

Qui colle à tes cheveux.

 

Tu pourrais me quitter ?

Tu pourrais me quitter.

 

Reine exterminatrice

Mitrailleuse en colère,

Tu déstockes ta matrice,

Restes de biosphère.

 

Aux naissances des jours,

Soleil artificiel

Et projecteur d’amour

N’absorbent pas ton fiel.

 

Orgueil fluorescent

En satellite en marge,

Aux débris du printemps

Tes charniers n’ont pas d’âge.

 

Tu pourrais me quitter ?

Tu pourrais me quitter.

 

Pénurie de confiance

En boîte de conserve.

Tu retires ton alliance

Barbelés en réserve.

 

Tes attentats-suicides

Surveillent tout signal.

Ta beauté translucide

N’a pas trouvé d’égale.

 

Sentinelle blessée

Aux roulements des femmes,

Tu regardes tomber

Ton Alpha Jet en flammes.

 

Tu pourrais me quitter ?

Tu pourrais me quitter.

 

Revenons à la base

Pour déposer les armes,

Que tu détruises et rases

Les cachots de nos drames.

 

Je t’emmène envahir

Des lendemains d’oubli,

Un pays où vieillir

Dans le corps de l’ennemi.

 

Tu peux pleurer la nuit

Qui chauffe ton visage,

Tu as tué le bruit

Dans les ténèbres sages.

 

Tu pourrais me quitter ?

Tu pourrais me quitter.


Repos

Date : 12 novembre 2012

Une nuit d’orage verte,

Nos doigts se sont noués

Contre la peur, la perte,

Dans un grand tatouage.

Rien ne peut séparer

Notre étreinte mariage.

 

Reposons-nous ensemble

Et que notre amour flambe

 

Notre ombre en tête à tête.

Liberté enchaînée

À tes beautés secrètes,

Je m’endors contre toi

Pour une éternité,

Bordé de ton aura.

 

Reposons-nous ensemble

Et que notre amour flambe

 

Tu me tiens prisonnier

– Oh oui, je t’appartiens –

De tes bras décharnés.

Que je plonge mes yeux

Dans le regard serein

De ton crâne amoureux.

 

Reposons-nous ensemble

Et que notre amour flambe

 

Je t’entends, immortelle,

Murmurant d’un autre âge :

« Je t’aime, mon fidèle. »

Mon Amour, je dépose

Mon âme dans la cage

De ton squelette, une rose.

 

Reposons-nous ensemble

Et que notre amour flambe


Aveu

Date : 24 septembre 2012

Penser à la question

Du tourment, du regret.

L’espace-temps m’a tué

D’un sommeil tourbillon,

Une nausée de l’âge

Où l’on voit tout pourrir.

J’ai tes yeux pour sourire,

Pour pleurer ce voyage.

 

Un ciel d’ange aimanté

S’accorde un contretemps

Dans l’éblouissement

Du revers de l’été.

Une apnée sans secours

Sous le miroir des peurs,

Risque bref d’un ailleurs

Qui s’éteint en plein jour.

 

Mon aveu permanent

Aux parades des rêves

Ouvre une lueur brève

Dans son envoûtement,

Intervalle de peaux,

Un sacrilège en bouche

Un prodige en un souffle,

Corps à corps du repos.

 

Va-et-vient des chagrins

Aux marées des mirages,

Bourrasques de naufrage

Replantées sous les mains

De ta folle inquiétude,

Énigme aux yeux béants

Dans les montées de sang

Au fond de tes Bermudes.

 

Un doute s’est levé

Au bout de la tempête

Qui chavire ta tête.

La nuit s’est enlevée,

Ne reste que la Mort,

Essayer de serrer

Tes doigts et me sauver

Dans le froid de ton corps.

 

Penser à la question

Du tourment, du regret.

L’espace-temps m’a tué

D’un sommeil tourbillon,

Une nausée de l’âge

Où l’on voit tout pourrir.

J’ai tes yeux pour sourire,

Pour pleurer ce voyage.


Signal

Date : 8 août 2012

L’aurore s’agenouille

Sur la berge du ciel

Découvre sa poitrine

Et pose sans parole

Ses lèvres sur le monde

 

Le feu de ses cheveux

Berce au rythme des rides

La folie des malheurs

Que crachent les années

Au front de notre idylle

 

Écoute ma chérie

Le cri interminable

De l’âme de la nuit

Qui brûle sous le souffle

De la marée des rêves

 

En un enfer de lave

Une clarté se lève

Étire son sillon

À travers les courants

De nos jours d’agonie

 

Un regard d’épouvante

Qui rabat ses paupières

Sur la plage secrète

Où s’éveille sans tête

Notre avenir pivoine

 

Ouvre tes bras profonds

Comme une nage sourde

Une île à la dérive

Au miroir des nuages

Nos sourires se suivent

 

Je me recouche en toi

Pour refermer ta plaie

Une dernière fois

Mourir dans ta beauté

Au corail poissonneux


Alien

Date : 20 juillet 2012

C’est une odeur de shit

Qui masque ton haleine

Dans ton casque cockpit.

Empreinte rétinienne
sur ton aérolithe.

 

Vénusienne vénitienne
Dans ta robe améthyste,

Vaisseau de magnolia – Alien !

Tu existes !
Tu m’excites.

 

Ta bouche vaporise

Un soupir de sirène,

Un poison qui s’irise

En vamp hollywoodienne,

Fantôme de strip-tease.

 

Essence cryptonnienne,

Esprit qui magnétise,

Dealer de guérilla – Alien !

Tu existes !
Tu m’excites.

 

Liqueur de dynamite,

Lueur clint-eastwoodienne
Dans tes yeux terroristes

En vaccin fumigène,

Conquête spatiale « x ».

 

Synthèse post-humaine,

Spectre noir d’alchimiste,

Infiltre mes parois – Alien !

Tu existes !
Tu m’excites.

 

Souffrance de phénix,

Topographie terrienne

Sous tes griffes d’onyx.

Tu t’ennuies dans mes plaines,

Ta galaxie me fixe.

 

Araignée dans mes veines

Qui remixe le Styx,

Crève de désarroi – Alien !

Tu existes !
Tu m’excites.


Peau

Date : 19 juillet 2012

Ta peau est un lac

Doux comme l’ennui

Que rien ne réveille

 

Ton aube de nacre

Qui lave la lune

Ne craint pas le froid

 

L’ombre parfumée

D’un glacier de cygnes

Coule sous tes plaines

 

Le teint du temps t’atteint

 

Ta plaie de sel gemme

Grotte souterraine

S’ouvre en un soupir

 

Une soie d’azur

Qui verse ses larmes

De coquelicots

 

Un soleil de vin

Reflète et enflamme

Ton vol de pipistrelles

 

Le teint du temps t’atteint

 

Pétale grillé

Piqûre d’insecte

Le vent te desquame

 

Velours de désert

Étoffe séchée

Qu’écorchent les aigles

 

Tes lambeaux plissés

Se changent en os

Sous tes plumes d’ange

 

Le teint du temps t’atteint


Exil

Date : 30 juin 2012

Exil-réveil
Spécimen endormi aux ailes de colombe,
Aux orbites de lune, oublie tes catacombes !
Un souffle de fureur a secoué ta tombe,
T’arrachant à ta mort ; tu t’envoles et tu tombes.

Exil-transit
Loin de ta solitude aux glaces impériales,
Tu traverses l’espace et ses visions de squales
Dans les flots d’une étoile aux voiles de gasoil.
L’iris de ton chaos fixe une obscure escale.

 

Exil,

Voyageur des périls, tes larmes te mutilent.

 

Exil-descente
Tu as quitté l’azur des galaxies perdues,
Météore fatal au visage connu,
Dans ton linceul de feu, squelette à moitié-nu,
Tu descends dans la nuit de mes yeux longue-vue.

Exil-impact
Cri muet explosion, trou spatio-temporel,
Quand ton moteur de moelle heurte le carrousel
Des hydres de granit. Tes cendres éternelles
Désintègrent le ciel en neige de javel.
Exil,

Voyageur des périls, tes larmes te mutilent.

 
Exil-refuge
Ta lumière de fer s’enfonce à la lisière
De l’ombre de tes cils, dans la plaie du tonnerre.
Un fœtus de cœur noir s’est forgé dans l’hiver
Qui givre ma pensée au fond de ton cratère.


Symbiote

Date : 26 juin 2012

Il s’éveille à tes pas,

Il fume ton tabac

Dans un tournis pierreux d’identification.

Il fait couler tes sucs,

Il enlace ta nuque,

Caresse le code de ta reprogrammation.

 

Il ne boit que ton sang

Il a pris ton accent,

Au calice de ta gorge et vampirisation.

Il palpite en ton sein,

Il pleure dans tes mains

Les rocailles amères de tes perturbations.

 

Il pétrie tes douleurs,

Il murmure à ton cœur

Les pétales solaires de sa médication.

Il glace tes angoisses,

Il élance ta grâce

Dans les pollens nuiteux de ses constellations.

 

Symbiote !

Compatriote

Au jardin de ma dépression,

Viens, augmente la pression.

Menotte mes impressions

Sans antidote.

 

Il comprend tes symboles,

Il frémit dans le vol

De tes essaims de spectres au charme à haute-tension.

Il bondit sous tes eaux,

Il se chauffe à ta peau,

Sueur de belladone, frisson d’hésitation.

 

Il se colle à ta langue,

Il fait rosir ta mangue

Dans le berceau sauvage, panache d’excitation.

Il s’unit à ton ombre,

Il te pêche quand tu sombres

Dans tes vortex de peurs, orages de radiations.

 

Symbiote !

Compatriote

Au jardin de ma dépression,

Viens, augmente la pression.

Menotte mes impressions

Sans antidote.

 

Il respire à tes lèvres,

Il dort entre tes rêves,

Revenant du néant de ses explorations.

Il vient quand tu te lèves

Au gré des dérives de tes téléportations.

 

Il assombrit tes nuits,

Il brille sous ta pluie

Repiquant les semences d’hybrides en gestation.

Il engloutie ta vie

En une extase éclose sous un bruit de suçon.

 

Il te jette des sorts,

Il refuse ta mort

Au venin d’araignée en fossilisation.

Il s’enroule à ton corps,

Vigne vierge, virus de zombification.

 

Symbiote !

Compatriote

Au jardin de ma dépression,

Viens, augmente la pression.

Menotte mes impressions

Sans antidote.


Reflux

Date : 2 avril 2012

L’immortalité gronde.

Le fantôme du monde

Ravale sa fumée,

Cendres de sablier.

 

La machine invisible

Aux cuves des possibles

Ressuscite le ciel

Par un nouvel e-mail.

 

Le trou noir de nos doutes

Implose en un burn-out,

Recrache l’océan

En lumière de sang.

 

L’ombre de nos mémoires

Inverse les radars,

Se couche sur la pierre

Pour dormir mille hivers.

 

Le temps se recompose,

Nos illusions reposent

Dans des cargos-dortoirs,

Je refais ton regard ;

 

Eclipse du futur,

Syncope d’hydrocarbure,

Dans le voile de tes yeux

Par-delà un nous deux.


@